Le diocèse de Tolagnaro

Accueil  > Croyances et Rites  > L'être humain et la mort

L'être humain et la mort – Selon la conception ntandroy
par Père BENOLO François, cm

Introduction

A– L'ETRE HUMAIN
   a) Trois temps et trois états
   b) Trois niveaux et trois termes

B– LA MORT POUR L'ETRE HUMAIN
   1– L'origine de la mort humaine

   2– Les effets de la mort pour l'homme
      a) Désintégration physique
      b) Accomplissement spirituel.

C– COMMENT EVANGELISER LES FUNERAILLES
   1– L'évangélisation des attitudes des pères de famille
       a) La peur d'une sépulture sans bœuf
       b) L'égoïsme viscéral

   2– L'évangélisation des attitudes des fils
      a) La peur du hakeo
      b) L'ambition orgueilleuse

   3– L'évangélisation du Lofo

   4– L'évangélisation de la notion de lolo (revenants)

Conclusion

VERSION PDF

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


A– L'ETRE HUMAIN

Il est rapporté dans un mythe que la terre a façonné une statue qui restait inerte et sans vie. Elle la tournait et retournait, mais elle ne savait pas quoi faire. Ce que voyant, son ami le ciel descendit, observa la statue et devina la préoccupation de son amie. A la question de Ciel, Terre avoua son incapacité de rendre vivante son invention. Sans attendre l'avis de Terre, Ciel fit prévaloir qu'il a son Dieu capable de donner vie àl'objet inerte. Ce qui fut fait. La statue devint le premier être humain grâce àla collaboration de Terre et de Ciel.

Mais un contrat devait être conclu aussitôt pour sauvegarder àjamais l'amitié entre les deux : chacun est propriétaire souverain de son bien. C'est–à–dire, le corps appartient àTerre, car c'est elle qui l'a fabriqué, et le souffle vital est àCiel, parce qu'il vient de Dieu. Ce qu'il pourra prendre àtout moment, toutes les fois qu'il le regrette (maniñe). C'est ce qui advient au moment de la mort de l'être humain. Le corps revient àla terre, tandis que le souffle vital s'envole vers le ciel. Et il n'y a pas de marchandage possible.

a) Trois temps et trois états

Dans la société ntandroy, l'être humain se perçoit en trois temps : avant, pendant et après. Avant d'être homme (avant la naissance), il est d'abord biby, raha, quelque chose d'indéfinissable, voire un être dangereux si bien que pendant les neuf mois de grossesse, la future maman est dans l'angoisse totale ne sachant pas trop ce qui adviendra. Sera–t–il mort avant terme (afake) pour la grande déception de la maman et de toute la famille d'avoir supporté pour rien cette charge ? Néanmoins ne parlera–t–on de mort, mais simplement de noyade (opo) si bien qu'il ne nécessite pas un rite sinon de l'enterrer rapidement dans un endroit marécageux ou, au moins, humide pour se souhaiter la fraîcheur ou la vie en douce après cet échec. On ne le pleure même pas. Ou bien, pire encore, provoquera–t–il la mort de sa mère ? Pour ne pas se réjouir trop tôt pour quelque chose d'incertain encore, la société a mis comme tabou de se procurer les trousseaux (fiomana) de nouveau–né.

Si la naissance arrive àbon terme, le bébé devient ndaty (être humain), mais n'a pas encore de nom sinon celui déterminé selon l'horoscope (añaram–bintañe), car on n'est pas encore sûr de son avenir. Par après il pourra recevoir un nom propre àlui dont la signification relève d'une philosophie vécue assez subtile et la formulation devient ainsi une phrase très condensée. On ne peut le saisir sans connaître au préalable l'histoire de la famille ou de la circonstance de la naissance ou encore la culture locale. Ce nom peut changer encore plusieurs fois selon les circonstances de la vie. En devenant grand et en ayant engendré un enfant, ce nom sera caché par celui de son premier fils. On l'appellera rae i boto ou tout simplement par le nom de ce fils.

Et lorsque ce fils engendre un enfant, lui le parent–père devient déjàrazañe, un même terme pour dire ancêtre (les termes dadabe ou nenibe pour désigner les grands–parents en usage dans d'autres régions n'existent pas dans l'Androy). Et àplus forte raison, quand vient le temps de passer àl'au–delà, ce nom deviendra tabou et on le substituera par Ratane (Dame–Terre) ou i Nimotso oy (Le–Perdu), ou, s'il est inévitable de prononcer le nom, il faut le précéder par rañandriako Ra… (mon seigneur untel). S'il était un roi ou un grand noble, ce nom sera transformé en andria…arivo (Le seigneur…mille) pour signifier son nouveau statut de razañe (ancêtre), voire zañahare (ancêtre fondateur presqu'àl'égal de la divinité).

b) Trois niveaux et trois termes

Dans la société ntandroy, un être humain doit bien se situer par rapport àses congénères et agir en conséquence. Chaque ego verra ses voisins comme égal ou supérieur ou inférieur àlui. Et partant il existe trois termes àemployer pour se mettre en relation avec ces trois niveaux de personnes. Par exemple, naître sera rendu par terake (égal), samake (supérieur) et bonìtse (inférieur), manger se traduira par mihinañe, mikama, milonja, la tête sera loha, ambone et mankay, et mourir se dira mate, vilasy et gitry, etc.

Dans la société globale, cette division tripartite se pratiquera aussi selon trois statuts sociaux : roandriañe (noble), renetane (homme libre), vohitse (roturier). Ou encore au niveau familial, l'on dira rae naho rene (parents), zoke (aînés), zay (puinés).

Les termes supérieur, égal et inférieur peuvent être traduits par haut, même et bas. Par ces termes, on peut les représenter par le cosmos, soit ciel en haut, la surface terrestre au milieu et l'intérieur de la terre en bas. L'homme vivant se trouverait au milieu avec ses semblables, ayant sur la tête le Créateur et le souffle vital des ancêtres, et sous les pieds les réductions de tout être vivant. Qui dit supérieur alors dira en haut. Si par hasard un ego se trouve au même niveau que lui, il doit s'abaisser (milokoloko) pour ne pas l'offenser. Mais si ego attente de s'élever plus haut encore, la société tant des vivants que des ancêtres lui infligera des peines (soloho et hakeo) pour garder l'équilibre sociale, source d'harmonie. Aux supérieurs revient le fiasiañe ou les termes de respect. Or dans le mot fiasiañe se trouve la racine asy (respect) qui implique asiñe (sacralité) et masiñe (sacré, saint). Le neutre revient àl'égal, tandis que le veta (abject), bote (souillé, souillure) est àl'inférieur. Cela peut se représenter avec le corps humain. La tête c'est le supérieur, de l'épaule àla hanche c'est le neutre, et de làjusqu'aux pieds c'est l'inférieur.